Caroline Luigi

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Stavros Deligiorgis Lightgrabbers - pour Stricto Sensu, Camera Obscura Entefktirio 67. 2004

Iro Katsaridou - pour Still Life, PhotoBiennale Thessalonique. 2008

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Au Musée d’Orsay, sont actuellement exposés des travaux encore jamais rendus publics d’Etienne-Jules Marey, photographe connu jusqu’à présent pour ses études de la locomotion humaine et animale, et qui a surtout littéralement marqué quelques chapîtres importants de l’histoire de l’art moderne. Entre 1899 et 1901, l’inventif Marey fabriqua des machines à cinquante sept courants de fumée, afin de fixer sur ses plaques l’air, la fumée et leur comportement! Il en résulte les images, pas simplement des fluides, mais aussi  des déformations du flux rencontrant des obstacles, d’une texture extrêment pure, en trois dimensions, presque sculpturale.

         Si l’on regarde un peu plus attentivement les photographies de Caroline Luigi, on remarquera que ce qu’elle enregistre se trouve déjà dans le processus-même d’enregistrement. Lorsqu’elle place une bougie – le lumen, unité de mesure de la lumière – face à un miroir ou une loupe, elle ne fait que réorienter  le flux de l’appareil photo-graphique – le médium en fait– et avec lui, l’obscurité intérieure de l’appareil-même, ses propres surfaces réfléchissantes, problablement aussi sa propre optique. Un processus identique d’auto-réflexion (de réflexion dans l’objet-même ) met également en jeu l’utilisation d’ « objets », comme la main, des égratignures, une paire de ciseaux. Luisants, attirants et tranchants, pointus et menaçants, les ustensiles équivoques et irréfutables déclenchent, par leur récurrence, des rafales imperceptibles, des rides ou des déclinaisons du flux à travers l’orifice omnivore de la chambre obscure. Il y a deux images, je pense, qui pourraient avoir une fonction emblématique pour l’ensemble du travail plastique de Caroline Luigi. L’allumette éteinte tenue entre deux doigts contre le bord d’un miroir , dans l’espace qui sépare deux appareils photo, l’un étant de l’ordre du visible et l’autre du non visible ; et aussi la lame tranchante du couteau derrière une grosse loupe nue. Cette dernière composition n’est rien d’autre que l’interprétation  primitive de la lentille cristalline et de l’obturateur qui contrôle le flux de lumière et que la main reporte sur l’appareil piège à lumière (mais aussi à travers le cristallin, dans la chambre de notre œil !). L’allumette consumée d’une part et le miroir en suspens comme sur un mur, d’autre part, suffisent à situer Caroline Luigi dans la tradition de Georges de La Tour et des autres « ténébristes » qui ne se lassaient pas des objets lumineux  - et donc brûlants -, météores entre les yeux grand ouverts et fascinés et les mains presque transparentes. Dans le cas de La Tour, il convient de préciser que c’est le même artiste qui a composé des peintures avec comme thème la lapidation, les vieux musiciens ambulants, mais aussi des scènes qui montrent les soins apportés à Saint Sébastien, blessé par les flèches lancinantes de ses exécuteurs.  

         Marey, il y a cent ans de cela, a rendu visible l’air , cette nécessité vitale pourtant si commune. Plus récemment, Caroline Luigi, en éteignant une allumette et en choisissant soigneusement ses appâts redoutables (Isidore de Séville, incidemment, fait remonter le sens du mot amor au mot amus, l’hameçon en latin),  a rendu la lumière, absolumentvitale et si communément admise, dangereusement évidente.

Stavros Deligiorgis

 

 

 

Works   > In progress  /2012

              > Intérieur, etc...  /2010-11

         > Still Life II  /2008

         > Polyptique  /2006

         > Still Life  I  /2004-06

              > Stricto Sensu [anodin]  /2004  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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